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Les escarres, aussi appelées ulcères de pression, sont des lésions cutanées qui surviennent en raison d’une pression prolongée sur la peau. Elles touchent principalement les personnes âgées, alitées ou en fauteuil roulant, et nécessitent une prise en charge rapide pour éviter les complications graves. En tant que professionnel de santé, adopter une stratégie efficace de prévention des escarres, de surveillance et de traitement est essentiel.
Comprendre les causes des escarres pour mieux les prévenir
Avant d’aborder les soins à prodiguer, il est crucial de comprendre les mécanismes en jeu. Les escarres résultent de la pression exercée de façon continue sur des zones à risque, souvent osseuses, comme les talons, les fesses ou le sacrum. Cette pression bloque la circulation sanguine, privant les tissus sous-jacents d’oxygène, ce qui entraîne leur nécrose.
Les principaux facteurs de risque
Plusieurs éléments peuvent favoriser leur apparition :


- Mobilité réduite ou immobilisation prolongée
- Malnutrition, déshydratation ou troubles métaboliques
- Altération de l’état général, en particulier chez les patients âgés
- Position assise ou couchée prolongée, sans changement de position
- Incontinence et humidité cutanée
Ces facteurs doivent faire l’objet d’une évaluation continue par le personnel soignant.
Agir dès les premiers signes : l’importance du repérage rapide
Un traitement des escarres efficace repose avant tout sur un dépistage précoce. Les stades précoces sont souvent réversibles si l’on intervient rapidement. Une rougeur persistante sur une zone à appui, même sans blessure visible, doit alerter.
Repérer une escarre au bon moment
On distingue quatre stades dans l’évolution d’une escarre, allant d’une simple rougeur cutanée (érythème) à une atteinte profonde des tissus, pouvant aller jusqu’à la nécrose. Chaque stade nécessite une prise en charge spécifique, mais intervenir dès le stade 1 reste la meilleure façon de prévenir les complications et d’éviter les soins lourds à long terme.
Une surveillance quotidienne de la peau est essentielle, notamment chez les patients alités, en fauteuil roulant ou présentant une mobilité réduite. Cela implique d’examiner attentivement les zones à risque comme le sacrum, les talons, les hanches ou les omoplates.
Les premiers signes à détecter sont :
- Rougeur persistante qui ne disparaît pas à la pression
- Peau chaude, dure ou douloureuse au toucher
- Décoloration ou aspect inhabituel de la peau
Former les aidants et soignants à repérer ces signaux d’alerte et à les signaler rapidement permet d’engager les soins au moment opportun, avant qu’une lésion ne s’aggrave. Ce suivi quotidien est d’autant plus important que certaines escarres peuvent évoluer silencieusement, en profondeur.
Soins des escarres : les bonnes pratiques
Lorsqu’une escarre est identifiée, une intervention rapide et structurée peut faire toute la différence. Il ne suffit pas de traiter la plaie visible : il faut aussi soulager les zones à risque, protéger la peau et créer les conditions d’une bonne cicatrisation. Voici les gestes à adopter pour une prise en charge optimale.
Alléger la pression : repositionner et soulager
Changer régulièrement la position du patient est indispensable pour limiter la pression exercée sur les zones sensibles. L’idéal : un changement toutes les 2 à 3 heures, adapté à l’autonomie du patient.
Vous pouvez également utiliser des dispositifs d’aide à la prévention comme :
- Un matelas à air dynamique pour une redistribution optimale de la pression
- Un coussin anti escarre pour fauteuil roulant ou lit médicalisé
- Des talonnières ou coussins de positionnement pour isoler les zones à risque
Ces équipements permettent de réduire efficacement les points d'appui prolongés, favorisant ainsi la prévention des escarres chez les personnes à mobilité réduite.
Nettoyer et protéger la peau
En phase précoce, des soins locaux simples peuvent suffire à traiter la lésion :
- Nettoyage doux avec un savon au pH neutre
- Séchage minutieux
- Application de crèmes escarres hydratantes ou cicatrisantes
Pour les stades avancés, un protocole avec pansements adaptés (hydrocolloïdes, hydrocellulaires, alginates…) est nécessaire.
Maintenir une hygiène rigoureuse
La prévention des infections est essentielle. La peau doit rester propre et sèche, et les soins réalisés avec du matériel à usage unique (compresses, gants médicaux, désinfectants…).
Créer un environnement favorable à la cicatrisation
Au-delà des soins locaux, favoriser la cicatrisation passe par une approche globale : alimentation, mobilité, hygiène de vie… Tous ces éléments influencent directement la capacité de la peau à se régénérer. Voici les leviers à activer pour accompagner au mieux vos patients.
Nutrition et hydratation
La prise en charge nutritionnelle est souvent négligée. Pourtant, une bonne cicatrisation nécessite des apports suffisants en protéines, vitamines (notamment A, C, E) et oligoéléments (zinc).
Encourager le patient à boire régulièrement et proposer une alimentation équilibrée, ou recourir à des compléments nutritionnels si nécessaire, contribue à renforcer la résistance cutanée.
Stimuler la circulation sanguine
Des exercices doux, la mobilisation passive ou active, ou l’utilisation d’un fauteuil roulant adapté permettent de réactiver la circulation dans les tissus. Les massages de confort (hors zones à risque) peuvent aussi favoriser le retour veineux.
Des produits utiles à recommander
Sur notre site internet, vous trouverez une sélection de produits utiles dans la prévention et le soin des escarres :
- Crèmes escarres comme la Bariederm d’Uriage, pour hydrater et renforcer la barrière cutanée
- Coussins anti escarres viscoélastiques ou à air pour fauteuil
- Matelas médicaux anti pression, avec alternance de zones de soutien
- Pansements hydrocellulaires ou hydrocolloïdes pour le traitement des plaies
Ces dispositifs s’intègrent facilement à une routine de soins quotidienne et participent à une meilleure qualité de vie du patient.
Prévenir les escarres : un travail collectif et quotidien
La prévention des escarres repose sur une organisation coordonnée entre tous les intervenants du soin : infirmier(e)s, aides-soignants, médecins, kinésithérapeutes… Une bonne communication permet d’assurer la continuité des soins, même à domicile.
Le rôle du professionnel de santé
Les professionnels de santé jouent un rôle central dans la prise en charge et la prévention des escarres. Leur mission ne se limite pas à soigner, mais s’étend à plusieurs niveaux :
- Évaluer l’état cutané du patient, son niveau de mobilité, son état nutritionnel et les facteurs de risque.
- Alerter rapidement en cas d’apparition d’un signe évocateur, même léger, afin de déclencher les soins nécessaires sans attendre.
- Adapter l’environnement, les équipements et les soins quotidiens à l’état évolutif du patient.
- Former les aidants à repérer les signes précoces, à manipuler le patient sans aggraver les points de pression, et à appliquer les bons gestes de prévention est tout aussi essentiel.
Lorsque c’est possible, impliquer le patient dans sa propre prévention permet de renforcer l’adhésion aux soins et de favoriser une meilleure qualité de vie.
Les escarres ne sont pas une fatalité. En combinant prévention active, suivi rigoureux et utilisation de dispositifs médicaux adaptés, il est possible de limiter leur apparition et d’en favoriser la guérison rapide. En tant que professionnel de santé, vous avez un rôle clé à jouer dans cette dynamique de soin.


























